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Interview

Interview avec Tanya

Tanya est une jeune artiste ukrainienne née à Kharkiv et vivant en Suisse, dont le travail mêle peinture à l'huile, acrylique et pastels gras. Ses toiles oscillent entre réalité observée et mémoire personnelle.

Tanya m'invite chez elle pour un café. Elle dispose les tasses sur la petite table en bois du salon ; un dessous-de-verre ukrainien traîne aussi, et quelques délicieuses gaufrettes au chocolat qui, m'explique-t-elle, viennent d'Ukraine et lui rappellent son enfance. Nous sommes bien sûr entourées de peintures, beaucoup de peintures.

« Tanya, commençons par le début. Qui es-tu et pourquoi peins-tu ? »

« Je viens d'une petite ville près de Kharkiv, en Ukraine. Depuis toute petite, j'ai toujours été curieuse des nouvelles choses. C'est pour ça que j'ai étudié la linguistique : je voulais avoir accès à différentes cultures et personnes. La littérature a été un outil pour grandir et développer ma sensibilité. »

« Dessinais-tu et peignais-tu déjà enfant ? »

« À 10 ans, j'ai rejoint une école d'art en Ukraine — la même que mon père avait fréquentée. Mon père est métallurgiste, mais il a étudié et aimé l'art, et me donnait parfois des conseils. Au départ, c'était un jeu : j'ai rejoint l'école pour rester avec une amie. Mais c'est vite devenu bien plus qu'un jeu. »

« Y a-t-il eu un moment précis où tu as compris que la peinture deviendrait importante dans ta vie ? »

« À 14 ans, comme toute adolescente, je voulais gagner un peu d'argent. Mes parents ne voulaient pas que je travaille comme serveuse, alors j'ai commencé à faire des commandes, surtout des portraits, vendus 1 à 2 CHF. C'était la première fois que je voyais l'art comme plus qu'un loisir. Plus tard, en Suisse, l'art m'est revenu en tête — d'abord comme une forme d'art-thérapie pour gérer mon anxiété d'être ailleurs, puis quelque chose de plus sérieux : j'ai postulé pour des postes de professeure d'art. »

« Comment la Suisse a-t-elle influencé ta vision artistique depuis ton arrivée ? »

« En arrivant, j'ai commencé à observer ce paysage suisse, presque irréel pour moi, et à m'y sentir connectée. Je connaissais déjà les règles de la peinture grâce à ma formation académique. La Suisse m'a aussi donné la chance d'être au centre de l'Europe, de voyager, de visiter des expositions. J'ai commencé à déconstruire l'idée qu'une peinture devait être une représentation parfaite du réel. Je suis devenue encore plus curieuse. »

« Quels artistes t'inspirent le plus ? »

« Le livre de Marina Abramović, Walk Through Walls, m'a marquée. » Elle sort son carnet de croquis — plusieurs noms apparaissent, de Gerhard Richter à Tyler Mitchell. La photographie l'inspire beaucoup, notamment pour ses portraits.

« Ton travail semble aller au-delà de l'observation, vers la mémoire. Est-ce que peindre fonctionne ainsi pour toi ? »

« Mes peintures récentes s'éloignent des choses simples pour peindre le sentiment. C'est vraiment penser en couleur. J'ai vu quelques expositions fauvistes en Suisse et je suis tombée encore plus amoureuse de ce mouvement — leurs couleurs sont audacieuses et harmonieuses à la fois. Je ne veux pas que mon art soit réaliste s'il peut être onirique. Je voulais montrer le sentiment plutôt que le lieu. C'est de là que vient Childhood Reminiscence : ça ressemble à un arbre, mais c'est en réalité mon enfance. »

« Le portrait revient souvent dans ton travail, notamment des femmes. Qu'est-ce qui t'attire dans ces sujets ? »

« J'aime rencontrer des gens authentiques. En Ukraine, adolescente, il y a des standards de beauté stricts auxquels je ne me suis jamais identifiée. J'ai toujours été attirée par les personnes qui osent être différentes, exprimer leur personnalité. Et je les ai peintes. »

« Parlons d'identité. Dans Sisterhood, la broderie traditionnelle ukrainienne apparaît sur les vêtements. Quelle importance a ton héritage ukrainien dans ta pratique aujourd'hui ? »

« Le collier que je porte s'appelle une sylianka — un objet traditionnel. Depuis le début de la guerre, je ne veux plus être silencieuse sur mon identité. J'aime que l'art devienne quelque chose de fonctionnel — je peignais sur des tote bags, et c'est aussi ce que j'enseigne à mes élèves. » Elle me montre ensuite Pisnia, une femme en habit traditionnel jouant de la bandura, un instrument à cordes traditionnellement joué par des ménestrels aveugles.

« Pour finir : qu'est-ce qui t'a motivée à rejoindre Pro Swiss Art ? »

« J'aime le projet Pro Swiss Art parce qu'il y a beaucoup de liberté — la liberté de contribuer. Ici, chacun est non seulement artiste mais aussi acteur et décideur. L'emplacement est aussi très central et accessible. »

« Et de quoi les jeunes artistes ont-ils le plus besoin aujourd'hui ? »

« J'aimerais aider à promouvoir les jeunes artistes : je vois tellement de personnes talentueuses, et je pense qu'elles devraient pouvoir vivre de leur travail. Elles ne devraient pas avoir à le cacher — ce n'est pas un loisir, c'est un vrai métier. »

Merci, Tanya. Tu as définitivement maîtrisé l'art de te dépasser toi-même, et nous avons hâte de voir la suite.

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